L'école n'est finalement que 18% du temps de l'enfant, intervention de Marie Barsacq
« Plus de 11 millions d'élèves ont fait leur rentrée cette semaine et je suis très heureuse de participer à vos côtés à cette troisième Convention Citoyenne sur les temps de l'enfant qui aujourd'hui est dédiée à leur épanouissement. Je suis ravie du choix de cette thématique, elle est certes complexe et sensible, mais elle est essentielle pour que nos enfants puissent grandir dans de bonnes conditions.
Ces préoccupations sont au cœur de la société. Nous devons à nos enfants l'égalité des chances, nous devons lutter contre l'addiction aux écrans, le surmenage scolaire, lutter contre la sédentarité, attirer l'attention sur les troubles du sommeil et pour de nombreux parents, il n'est pas facile de concilier obligations professionnelles et accompagner leurs enfants sur des activités en dehors du temps scolaire. C'est parfois le parcours du combattant, mais on va être là pour en parler aujourd'hui. Ce sont des prérogatives au cœur de mon portefeuille.
Je suis en charge des temps de l'enfant qui se jouent à côté de l'école, c'est-à-dire le cadre périscolaire, mais aussi le cadre des colonies de vacances.
Quand on parle d'éducation et des temps de l'enfant, on porte souvent son regard sur l'école, mais l'école n'est pas tout. Aux côtés des 900 000 enseignants en France, il y a aussi plus d'un million d'acteurs qui œuvrent au sein de 18 000 associations d'éducation populaire auprès des enfants.
Ils œuvrent ensemble, comme le dit l'article du Code de l'éducation, pour contribuer à l'égalité des chances et lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Car, oui, l'éducation formelle et l'éducation informelle doivent se compléter. Et c'est notre responsabilité de construire de solides alliances éducatives pour appréhender nos jeunes dans tous leurs temps et dans toutes leurs dimensions.
N'oublions pas que le temps de l'école n'est finalement que 18% du temps de l'enfant.
A côté de l'école, en effet, l'école, elle transforme et innove, mais elle ne pourra pas relever seule tous les enjeux, tous les défis de justice sociale et d'égalité des chances. Vous le savez, les plus grandes inégalités se jouent parfois en dehors de l'école.

Pour alimenter vos réflexions, je souhaite vous présenter la contribution de mon Ministère à travers trois axes. Le premier, c'est travailler pour offrir une vraie égalité des chances à nos enfants. Le deuxième, c'est pour construire une génération engagée. Et le troisième, c'est pour lutter contre la sédentarité et mettre nos enfants en mouvement.
Sur le premier axe, pour moi, il est essentiel évidemment d'appréhender les temps de l'enfant sous l'angle de l'égalité des chances, parce que si tous les enfants ont accès à l'école, ils n'ont pas tous accès à une offre périscolaire de qualité.
Les fractures sont nombreuses d'abord entre les territoires, que l'on vive en ville, à la campagne, dans des quartiers de la politique de la Ville, en Outre-mer, en ZRR, les fractures sont fortes, elles le sont aussi en fonction des revenus des parents, puisque certains ont la possibilité d'offrir à leurs enfants de nombreuses activités en dehors de l'école, en sport, en musique, théâtre et autres, et d'autres ne le peuvent pas. Ce sont les enfants les plus fragiles qui subissent encore un accroissement des inégalités.
Pour moi, il est donc essentiel d'aider les collectivités à mettre en œuvre des politiques périscolaires ambitieuses, et la perspective des municipales dans les prochains mois est une très belle opportunité pour que votre Convention Citoyenne puisse nourrir les propositions des campagnes électorales des candidats à la mairie de nos villes. Cela passe pour moi par un soutien budgétaire mais aussi un soutien en ressources humaines quand on est le ministère de la Jeunesse. Nous avons engagé des travaux pour renforcer l'attractivité des métiers de l'animation et leur professionnalisation pour enforcer la qualité de ce que nous proposons aux enfants. Il faut mettre en cohérence également les initiatives des parties prenantes qui sont nombreuses et œuvrent pour offrir le meilleur service à nos enfants. Nous devons redynamiser les projets éducatifs territoriaux, les PEDT, qu'on peut peut-être appeler PEDT nouvelle génération, car beaucoup de choses se jouent aussi pendant le temps des vacances.
Ce sont les plus modestes qui ont là aussi le moins de chances de partir en vacances et qui restent chez eux. Si 5 millions d'enfants ne partent pas en vacances, ce sont 56% des enfants appartenant aux familles les plus pauvres qui ne partent jamais en vacances.
Si on ne leur propose pas des activités stimulantes, c'est le cercle vicieux qui creuse les inégalités qui risque de se mettre en place : décrochage scolaire, sédentarité, accroissement des écrans.
Nous devons évidemment œuvrer à des dispositifs pour promouvoir la lutte contre les fléaux et insister sur les colonies de vacances qui sont pour moi un dispositif d'égalité des chances et de réussite éducative. Les enfants récupèrent pendant les vacances, bien sûr, mais c'est aussi d'autres choses qui se jouent : la rencontre avec les autres, le développement, l'entraide, l'autonomie, l'émancipation pour les plus grands, et la découverte de la nature et d'un autre environnement que celui qu'on côtoie au quotidien.
1,3 million d'enfants aujourd'hui partent en vacances et nous avons l'ambition d'offrir un départ en vacances à 1,5 million d'enfants au Ministère, ça nous semble une trajectoire essentielle pour lutter contre les inégalités et promouvoir l'égalité des chances. Le coût de ces séjours, c'est souvent le premier frein des familles les plus modestes, et notamment pour 54% des parents selon une étude. Les enfants partent trois fois moins lorsque leurs parents gagnent moins de 1600 euros par mois, que les parents qui gagnent plus de 6000 euros par mois.
Donc, on le sait, la diminution de la fréquentation des colonies touche plus particulièrement les enfants d'ouvriers et d'employés qui, eux, ne bénéficient pas des aides apportées par les comités d'entreprise bien souvent.
Paradoxalement, les ménages les plus aisés sont ceux qui bénéficient le plus d'aides aux départs aux séjours grâce aux comités d'entreprise, et les ménages à revenus moyens n'accèdent souvent à aucune aide. Plusieurs dispositifs existent comme les colos apprenantes ou le pass Colo financé par l'Etat. Il faut peut-être mieux faire connaître ces dispositifs. La CAF propose également des aides aux départs en vacances sur la base de critères sociaux et dans une logique d'égalité aux loisirs. Ces dispositifs permettent à de nombreux mineurs de partir pour la première fois en vacances et de vivre des moments collectifs en élargissant et en consolidant leurs compétences.
Du côté des dispositifs mis en œuvre par l'Etat, je souhaite insister sur les colos apprenantes, mises en place en 2020. C'est 400 000 enfants qui, depuis, ont pu partir en vacances, particulièrement des enfants issus des territoires les plus fragiles, les enfants qui vivent dans des familles aux revenus modestes, les résidents des quartiers politiques de la ville, les enfants de l'ASE et les enfants en situation de handicap. Ces colos bénéficient d'un label donné par les agents de mon Ministère et permettent aux enfants de consolider leurs apprentissages pendant les vacances tout en proposant des activités de loisirs. L'Etat finance pour permettre d'offrir des tarifs, allant même jusqu'à la gratuité pour les enfants des familles les plus modestes. Pour vous donner une idée, parmi les centaines d'offres proposées, quelques-unes ont eu lieu cet été, je pense à la colonie Cap Collège organisée par la mairie de Fontenay-sous-Bois, ou Préparons la rentrée, organisée par la mairie de Saint-Ouen, qui ont été organisées pour remobiliser les vacances des enfants juste avant la rentrée, on peut aussi citer les colos apprenantes sur le thème de l'orientation à Dunkerque ou des colonies organisées sur les métiers de la transition écologique pour susciter aussi des vocations chez les jeunes. En conclusion, les colos apprenantes, c'est un budget de 37 millions d'euros dans mon Ministère. Ce n'est pas beaucoup financièrement, budgétairement, mais c'est beaucoup pour contribuer à l'égalité des chances chez nos enfants.

Le deuxième axe que je voulais partager avec vous, c'est celui de la construction d'une société, d'une génération engagée. Si on veut de la cohésion dans notre Nation, si l'on veut que nous puissions affronter tous ensemble et dès le plus jeune âge les défis de notre société, les crises qui parfois nous fragilisent, climatiques, sociales ou géopolitiques, on doit dès le plus jeune âge consolider notre compréhension du monde et susciter l'engagement chez les jeunes. C'est aussi un outil pour consolider le respect des valeurs de la République, qui permet d'amener nos jeunes à s'engager.
L'engagement peut prendre beaucoup de formes et dépend des possibilités et aspirations de chacun. Ça peut être un engagement associatif, dans un club de sport ou encore dans une réserve civile ou civique. Il est important pour moi d'emmener les enfants dans un véritable parcours de l'engagement, pour les plus jeunes, de l'élémentaire jusqu'aux jeunes adultes. Et ça doit évidemment intégrer leur emploi du temps, comment on arrive à intégrer cette logique d'engagement tout au long du parcours de vie des jeunes jusqu'à l'âge adulte. Avec Elisabeth Borne, nous avons lancé une réflexion sur ce sujet, notamment sur la modification des programmes d'EMC pour les rendre davantage concrets, ces outils d'engagement. Nous avons aussi lancé une réflexion sur la reconnaissance des compétences issues des actes d'engagement et la prise en compte de ces missions d'engagement chez les jeunes dans leur orientation. Donc, pourquoi pas dans le brevet ? Pourquoi pas dans la plateforme Parcoursup ? Nous devons faire confiance à nos acteurs associatifs, de l'éducation populaire, pour évidemment accompagner nos enfants dans ces parcours. Il y a énormément de richesse auprès de l'éducation populaire pour travailler sur la reconnaissance de ces compétences acquises par nos jeunes.
Le dernier enjeu, c'est la lutte contre la sédentarité, un enjeu majeur et que, je pense, nous vivons tous au quotidien quand nous regardons les chiffres.
L'activité physique est essentielle, parce que notre rapport à elle se joue dès le plus jeune âge, entre six et onze ans. Tous les médecins le disent.
Notre rapport à l'activité physique se joue à cet âge-là. Un enfant qui aura suffisamment bougé à cet âge-là pourra être un adulte actif.
Ces enjeux tournent autour d'éléments essentiels dans la construction de l'enfant : des enjeux autour de la confiance, pour améliorer évidemment la santé physique des enfants, mais aussi leur santé mentale. Quand on voit aujourd'hui les chiffres sur les dépressions chez les jeunes, et il y avait un article du Monde cette semaine qui parlait d'un quart de notre jeunesse qui déclare être en dépression, nous avons des questions à nous poser sur l'activité physique qui leur est proposée. C'est aussi essentiel pour l'apprentissage, ça améliore les climats de classes, ça a été documenté par une récente étude de l'Education nationale, et ça permet surtout de décrocher des écrans et d'offrir de nouveaux horizons aux jeunes. C'est enfin un outil de sociabilisation pour les jeunes, le club sportif et d'activité physique et sportive, c'est un lieu de vivre ensemble essentiel quand on se construit. Quand on parle des constats et des enjeux de notre pays, on est un pays classé de façon très critique dans le classement de l'OMS,
puisque nous sommes le 151e pays sur 200 pays sur le niveau d'activité physique de nos enfants.
C'est extrêmement alarmant. La recommandation de l'OMS, c'est une heure d'activité physique quand on est un enfant entre six et dix-huit ans, et aujourd'hui, seules un tiers des jeunes filles répondent à cette recommandation, et un garçon sur deux. Si on regarde le rapport aux écrans, c'est huit enfants sur dix qui passent aujourd'hui plus de 2h par jour devant un écran et, enfin, c'est deux Français sur trois, jeunes, qui sont aujourd'hui en risque sanitaire. Donc, vraiment, ces statistiques doivent nous alerter. Il y a en plus une forte corrélation entre les inégalités sociales et le rapport que l'on a à l'activité physique.
Un enfant d'ouvrier a deux fois plus de chances d'être en surpoids et trois fois plus de chances d'être obèse qu'un enfant de cadre supérieur. Dans le cadre de la politique d'héritage de Paris 2024, vous vous en souvenez peut-être, une mesure avait été expérimentée et est aujourd'hui généralisée : les 30 minutes d'activité physique à l'école pour s'assurer que 50% de la recommandation de l'OMS sont assurées à l'école. Cette mesure est généralisée et fait partie évidemment de la circulaire de rentrée. Mais ce n'est pas suffisant. Cette politique publique pour promouvoir l'activité physique doit aller de l'avant. L'enseignement de l'EPS est essentiel, ça a aussi été rappelé, et elle doit être mieux intégrée dans le cadre de la refonte de la formation des professeurs des écoles, la formation à l'EPS, à l'activité physique prend ainsi beaucoup plus de place que par le passé. C'est une très bonne chose que nos enseignants soient sensibilisés à cet enjeu. Ils auront aussi un rôle à jouer auprès des parents pour leur faire prendre conscience de cet enjeu. Elisabeth Borne a renforcé les occasions de dialogue entre le corps enseignant et les parents et ce sujet doit faire partie des discussions pour que chacun puisse agir sur ce sujet.
Une autre mesure importante à cet égard, c'est la mise en place des tests d'aptitude physique annoncés pour les élèves de sixième dès la rentrée. Dès cette année, il y a dans les collèges des tests de mathématiques, de français et d'aptitude physique pour que les professeurs d'EPS puissent alerter les parents sur la santé de leurs enfants et ça permet de guider les enfants vers des activités physiques au sein du collège et aussi des clubs sportifs et du mouvement sportif. Nous aurons aussi à travailler sur les deux heures de plus au collège, développées aujourd'hui dans les écoles REP et REP + qui doivent encore être améliorées dans ce cadre-là.
Les chantiers sont donc nombreux et passionnants. Tous dans l'objectif évidemment de l'épanouissement de nos enfants. Et je suis évidemment heureuse de pouvoir répondre aujourd'hui à vos questions pour mieux vous éclairer sur peut-être les missions que nous portons au sein du ministère Jeunesse et Sport, puisque nous avons des administrations extrêmement engagées sur ces chantiers et qui travaillent au jour le jour pour accompagner nos enfants dans tous les temps qui les concernent.
Je vous remercie. »
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Crédits photos : Nicolo Revelli Beaumont SIPA