Coordonner les acteurs : sortir des politiques publiques en silos pour mieux accompagner les enfants
Des inégalités qui fracturent le quotidien des enfants
L'organisation des temps de l'enfant révèle des inégalités sociales, territoriales et culturelles profondes qui compromettent l'égalité des chances dès le plus jeune âge.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 71 % des enfants issus de familles modestes ne sont pas inscrits dans un club ou une association sportive et culturelle, contre seulement 38 % des enfants de milieux favorisés.
Ces écarts se creusent encore davantage selon les territoires. Une commune rurale sur quatre ne propose plus d'activités encadrées le mercredi, contre une sur dix en milieu urbain. Les territoires ultramarins sont particulièrement touchés par ces disparités, avec une offre périscolaire et culturelle bien plus restreinte qu'en métropole.
Ce constat révèle une injustice territoriale flagrante : selon l'endroit et le milieu familial où l'on grandit, les opportunités ne sont tout simplement pas les mêmes. Tous les enfants n'ont pas accès à des activités éducatives, sportives ou culturelles de qualité.
Dans de nombreux territoires, les équipements manquent, les professionnels sont trop peu nombreux, les associations peinent à survivre ou disparaissent. Cette fracture compromet non seulement l'épanouissement des enfants, mais aussi leur égalité face aux apprentissages et à la construction de leur avenir.
Un pilotage national unifié pour garantir l’égalité territoriale
La Convention citoyenne sur les temps de l'enfant dresse un constat clair : les politiques liées à l’enfance sont fragmentées et divisées, notamment entre plusieurs ministères. Pour sortir de cette logique en silos, elle propose un pilotage national unifié, capable d’assurer une vision d’ensemble et une continuité dans le temps.
L’idée d’un ministère dédié à l’enfance s’inscrit dans cette logique (proposition 12).
Un ministère qui donnerait de la lisibilité aux politiques publiques et garantirait une égalité de traitement entre territoires, quel que soit le niveau de ressources ou de structuration locale.
Cette proposition répond à une ambition : que chaque enfant, où qu’il vive, retrouve une continuité éducative réelle dans tous les temps de sa vie.
Cette transformation marque un changement profond : passer d’une addition d’initiatives sectorielles à une véritable politique globale de l’enfance, pensée pour les besoins réels des enfants – et non selon les limites organisationnelles des institutions.
Ce pilotage fort ne doit pas être dépendant des aléas politiques et doit assurer la pérennité des politiques publiques concernant les temps des enfants. Il doit aussi s’articuler avec une mise en œuvre locale qui valorise la diversité.
Une mise en œuvre locale, adaptée aux réalités du terrain
Les réalités locales sont très différentes : ville dense ou village isolé, métropole dotée d’équipements ou territoire sous-doté, bassin d’emploi attractif ou zone rurale en perte de services publics.
C’est pourquoi la Convention insiste sur un deuxième pilier : une mise en œuvre locale forte, qui s’appuie sur des Projets éducatifs de territoire repensés (proposition 13).
Aujourd’hui, les Projets éducatifs de territoire (PEdT) doivent permettre d’assurer une continuité entre les temps scolaires, périscolaires et extrascolaires, en réunissant autour d’un même projet les enseignants, les communes, les associations et les familles.
Dans les faits, leur mise en œuvre reste très inégale. De plus, ce dispositif n’est pas obligatoire et repose sur la bonne volonté des acteurs locaux, sans pilotage global national.
La Convention citoyenne propose d’inscrire dans la loi l’obligation pour chaque territoire d’élaborer un nouveau PEdT selon le cadre défini par l’Etat.
Cela permet à l’école, aux collectivités, aux associations, aux acteurs de santé, aux parents – et même aux enfants – de concevoir ensemble des parcours cohérents, adaptés à leurs réalités.