Ecrans et numérique

Temps d'écran des enfants : les propositions de la Convention citoyenne

Chapô
Les enfants passent en moyenne plus de 4 heures par jour devant les écrans, avec des conséquences préoccupantes sur leur santé physique et mentale.
Face à ce constat, la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant propose dans son rapport un plan d'action en deux volets : informer et accompagner d'une part, réguler et protéger d'autre part.
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Des temps d'écrans en explosion avec des conséquences sur la santé des enfants

Le temps passé devant les écrans augmente fortement : près de 4h48 par jour en moyenne chez les 11-14 ans (hors école), et jusqu'à 5h10 chez les 16-19 ans. D'après le rapport datant d'avril 2024 « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu » , les enfants âgés de 6 à 17 ans passent en moyenne plus de 4 heures par jour devant les écrans.


30 % des enfants ne dorment pas assez du fait de l'utilisation de téléphones portables, de la télévision ou des jeux vidéo.


L'omniprésence des écrans dans le quotidien des enfants, que ce soit dans leur temps libre ou en lien avec l'école (Pronote, Parcoursup...), accentue la pression mentale et la fatigue, altère les fonctions cognitives et empiète sur le temps de repos.


Les conséquences pour les enfants sont connues et provoquent de nombreux troubles :
Psychologiques : dépressifs, anxieux, nerveux, d'agressivité ;
Sociaux : harcèlement, isolement  ;
Neurologiques : de l'attention, de mémorisation, d'imagination, du langage ;
Physiques : visuels, de sommeil, liés à la sédentarité.


Il y a un lien établi entre les temps passés sur les écrans et le déclin de la santé mentale des enfants. Ils les confrontent à une comparaison permanente et participent ainsi à une mésestime d'eux-mêmes. Si certains usages numériques peuvent être vertueux, le temps toujours plus important passé seul devant les écrans, en particulier les réseaux sociaux, a des impacts majeurs sur la santé. Le manque d'accompagnement aux usages et de régulation exposent les enfants à des contenus violents, affectant très fortement leur santé mentale.

Par ailleurs, les temps passés sur des écrans sont majoritairement des temps sédentaires, où les enfants sont immobiles.

 

Une approche nuancée : distinguer les usages

Pour la Convention citoyenne, il apparaît nécessaire de réduire ces temps d'écrans, mais une distinction doit être faite en fonction des types d'écrans, des plateformes, des usages et des contenus regardés. Pour cela, il faut accompagner les enfants et les adultes qui les entourent.

 

  • Les propositions de la Convention traitent des temps d'écrans individuels. Ce n'est pas la même chose de regarder une émission à la télé, qui est un temps passif, que de faire un jeu de société sur un écran en famille.
  • Les propositions visent avant tout à protéger les enfants des contenus violents et/ou illégaux. Elles souhaitent ensuite limiter les effets nocifs liés au temps trop conséquent passé devant les autres contenus.


Les propositions de la Convention citoyenne, qui appellent l'augmentation du temps libre, la multiplication des activités accessibles, l'ouverture des infrastructures adaptées et la réflexion sur l'aménagement de l'espace public, répondent également à cette problématique en offrant des alternatives concrètes aux écrans.

 

Un accompagnement indispensable face au défi numérique

Les écrans sont partout. Ils sont en premier lieu utilisés par les adultes qui entourent les enfants et à l'école comme support d'apprentissages.
Les parents n'ont pas toujours le temps ou la possibilité de proposer des alternatives aux écrans. Ils peuvent être démunis face à la dépendance des enfants aux écrans et aux tensions qu'elle crée. 
Par ailleurs, dans certains lieux où les enfants doivent rester calmes, les écrans sont une solution de facilité. Ils peuvent également répondre à des préoccupations sécuritaires et rassurer les parents, quand les enfants sortent seuls.


Les propositions de la Convention citoyenne :

Généraliser une éducation aux usages du numérique obligatoire à l'école

Cette éducation serait dispensée d'une part par les professeurs et de l'autre par un réseau d'acteurs public ou associatif labellisé (et non par des entreprises). Elle serait enseignée chaque année, de manière progressive et graduelle, adaptée à l'âge des élèves, avec deux volets : théorique et pratique.

Cette proposition rejoint celle du panel de jeunes qui souhaite créer un cours obligatoire de « Médias numériques et informatiques », fusionnant technologie, éducation aux médias et à l'information (EMI) et sciences numériques et technologie (SNT).

Renforcer la formation continue des professeurs


Renforcer la formation continue des professeurs aux usages du numérique et généraliser le référent numérique au sein des établissements pour que la charge ne repose pas entièrement sur les enseignants.

Créer une campagne de sensibilisation nationale

Financée par l'État, grâce aux recettes des amendes aux GAFAMS, cette campagne pourrait prendre plusieurs formes :
 

  • À l'échelle nationale : un défi « mois sans écran » à l'image du mois sans tabac ou sans alcool ;
  • À l'échelle locale : des événements organisés sur la place publique, qui font la promotion d'alternatives aux écrans ou d'usages numériques pédagogiques, collaboratifs, ou en collectif comme les podcasts ; des défis en famille comme l'exclusion pour tous du portable à table ; promotion du dispositif de sécurité « les Promeneurs du net » ; des recommandations de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel public (Arcom) et de la Haute Autorité de Santé ; information sur les recours possibles en cas de problèmes en ligne.


La Convention citoyenne propose une déclinaison par âge : lire rapport pour en savoir plus (proposition 18).

 

Réguler l'accès aux écrans et aux contenus

Aujourd'hui, tous les contenus en ligne sont à disposition ou facilement accessibles. Chaque plateforme a son système de contrôle parental et les systèmes de blocages ne sont pas paramétrés par défaut. Les parents sont responsables de mettre en place une protection et de veiller à ce qu'elle s'applique.


Bien que le cadre actuel ne soit pas suffisant pour protéger les enfants, la Convention citoyenne est défavorable à une interdiction totale des réseaux sociaux ou des téléphones portables. Les réseaux sociaux ne sont pas que problématiques. Ils peuvent sauver certains adolescents qui se sentent rejetés ou incompris dans leurs sphères privées, familiale ou amicale. 


Les téléphones peuvent être bénéfiques aussi. Ils permettent des sociabilités avec des personnes éloignées ou répondent à des préoccupations sécuritaires des parents pour des enfants qui prennent seuls les transports.

Renforcer l'application de la loi

 

  • Interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans en conditionnant l'accès à la vérification d'identité ;
  • Interdiction de l'utilisation des téléphones portables et de tout autre équipement terminal de communications électroniques (tablette ou montre connectée, par exemple) à l'école élémentaire et au collège (article L. 511-5 du Code de l'éducation) ;
  • Suspension des mises à jour dans les espaces numériques de travail (ENT) et les logiciels de vie scolaire sur les plages horaires définies (actuellement fixées de 20h à 7h le soir, et du vendredi 20h au lundi 7h) ;
  • Amendes financières aux GAFAMs en cas de violation des interdictions et des obligations qui s'imposent à eux en fléchant les recettes récoltées vers les campagnes de sensibilisation à l'échelle nationale.

 

Paramétrer par défaut le téléphone des enfants à l'achat

Ce paramétrage constituerait une double protection avec l'interdiction des réseaux sociaux. Il comprendrait :
 

  • Une limitation des fonctionnalités : liste d'applications non-téléchargeables, listes noires des recherches internet irréalisables ;
  • Un contrôle parental automatique et généralisé à toutes les plateformes ;
  • Un couvre-feu numérique : plages horaires configurées.

Obliger les utilisateurs à qualifier leurs contenus

Interdire la publicité sur les types d'écrans à destination des enfants

Rehausser les amendes aux GAFAMS


La Convention citoyenne propose une déclinaison par âge : lire rapport pour en savoir plus (proposition 19).

 

Une approche globale pour protéger les enfants

Les propositions de la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant adoptent une approche équilibrée : ni interdiction totale, ni laisser-faire. L'objectif est de protéger les enfants tout en leur permettant de bénéficier des aspects positifs du numérique, dans un cadre sécurisé et accompagné.


Cette réflexion s'inscrit dans une vision plus large qui vise à libérer du temps libre pour les enfants et à leur offrir des alternatives concrètes aux écrans, afin qu'ils puissent grandir dans un environnement équilibré, favorable à leur épanouissement et à leur santé.
 

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