Les temps de l’enfant, des choix collectifs de société

Les temps de l’enfant, des choix collectifs de société

Chapô
Les temps de l'enfant ne se résument pas à une question d'horaires ou de calendrier. Ils traduisent des choix collectifs de société et interrogent le monde que nous voulons construire. La Convention citoyenne sur les temps de l'enfant a identifié quatre principes essentiels qui fondent l'ensemble de ses propositions : protéger les enfants des violences, inclure tous les enfants, faire de la santé une priorité et réduire les inégalités.
Paragraphe(s)

Des principes qui irriguent toutes les propositions

Ces quatre enjeux transversaux ne constituent pas des thèmes isolés, mais un cadre de référence, un socle commun. Parce que l'épanouissement et le bien-être de tous les enfants est un prérequis, ces principes donnent sens à l'ensemble des propositions de la convention. 

Ils répondent à une conviction : derrière la manière dont s'organisent les journées, les semaines et les années des enfants, se dessine la société que nous voulons bâtir.

 

Protéger les enfants des violences et du harcèlement

Un constat alarmant

En 2023, 82 800 victimes de violences intrafamiliales non conjugales ont été enregistrées, dont 79 % étaient mineures.

Les violences sexuelles sont massives et invisibilisées : toutes les trois minutes, un enfant est victime d'inceste, de viol ou d'agression sexuelle.


Les enfants pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE) ne sont pas épargnés : ils subissent toutes formes de violences, et environ 15 000 de ces mineurs seraient victimes de réseaux de prostitution. 25 % des personnes sans domicile fixe sont directement issues de l'ASE, illustrant l'échec du système.

 

Promouvoir une culture du respect et de l'écoute

Mettre fin à la violence, c'est aussi promouvoir une autre culture de l'expression et de la relation, basée sur l'écoute, le respect, la coopération, l'empathie et la reconnaissance des émotions de chacun. 
Une société qui protège ses enfants construit les bases d'une démocratie plus humaine et plus confiante.

 

Inclure tous les enfants et prendre en compte les besoins spécifiques

L'inclusion, un enjeu de justice et de richesse collective

Inclure, c'est adapter l'école, les rythmes et les espaces à la diversité des parcours et des capacités, pour que chacun puisse apprendre et s'épanouir à son rythme, avec un cadre adapté.
L'inclusion suppose aussi de valoriser tous les types d'apprentissages : scolaires, mais aussi artistiques, manuels, citoyens ou sociaux. C'est reconnaître que l'éducation se construit dans la famille, dans la classe, mais aussi dans le jeu, la culture, le sport, la vie collective. Ces expériences sont essentielles pour grandir, développer sa confiance, la coopération et l'ouverture aux autres.

 

Trop d'enfants encore mis à l'écart, il faut changer de regard

Beaucoup trop enfants ayant des besoins spécifiques restent mis à l'écart faute d'accompagnement suffisant ou d'infrastructures adaptées.
L'école est parfois trop rigide : elle se focalise sur la productivité, le fait de finir les programmes, et laisse encore trop souvent de côté les enfants qui ont le plus de difficulté à suivre, qui ont besoin de plus de temps. 
La Convention citoyenne appelle à changer de regard sur la différence : c'est le défaut d'ajustement de l'environnement de l'enfant qui est problématique et non l'enfant lui-même.

 

Faire de la santé physique et mentale une priorité

Les temps de l’enfant, un enjeu de santé publique


Un constat alarmant est celui de la fatigue des enfants et des jeunes, due aux temps de transports trop longs, aux rythmes scolaires trop soutenus, à la charge de travail trop importante, à la sur-sollicitation.
Le manque de sommeil entraîne des conséquences majeures : fatigue chronique, perturbations de l'appétit, troubles de l'attention et des apprentissages, irritabilité.
La sédentarité est grandissante chez les enfants et les jeunes alors qu'ils ont besoin de bouger, de sortir dehors, d'être en lien avec la nature. 

Seulement 33 % des filles et 51 % des garçons âgés de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d'activité physique en France.


La charge de travail trop importante (devoirs, évaluation, poids des cartables), la pression due aux notes, à l'orientation, le climat de compétitivité et de productivité du système scolaire actuel suscite un sentiment de surcharge, de mal-être et une forte anxiété chez les enfants et les jeunes. 

Plus de deux jeunes sur cinq présentent des troubles anxieux, et 26 % des adolescents déclarent être souvent angoissés avant d'aller en classe.


C’est pourquoi les propositions de la Convention citoyenne visent à améliorer significativement la santé physique et mentale des enfants.

 

Réduire les inégalités sociales et territoriales

Des fractures qui compromettent l'égalité des chances

Les temps de l'enfant mettent en lumière des inégalités sociales, territoriales et culturelles profondes. 

71 % des enfants issus de familles modestes ne sont pas inscrits dans un club ou association sportive et culturelle, contre 38 % des enfants de milieux favorisés.


Les écarts se creusent aussi selon les territoires : une commune rurale sur quatre ne propose plus d'activités encadrées le mercredi, contre une sur dix en milieu urbain. Les territoires ultramarins sont particulièrement touchés par ces inégalités avec une offre périscolaire ou culturelle beaucoup plus restreinte qu'en métropole.

 

Les inégalités de mobilité et de transport

À cela s'ajoutent les inégalités de transport et de mobilité : dans certaines zones rurales, montagneuses, ultramarines ou périurbaines, les enfants passent beaucoup de temps dans les transports, dépendant des horaires des bus scolaires ou de la disponibilité de leurs parents. Cela allonge leurs journées, réduit leurs temps de repos et limite leur temps d'activités.

 

D'autres sources d'inégalités

La question des devoirs à la maison est aussi une source d'inégalités entre les familles, tout comme la question des vacances.


Selon le Crédoc (2024), hors période de crise, le taux de départ en vacances est assez stable, autour de 60 %. 

Partir en vacances, bien que considéré comme essentiel au bien-être de l'enfant, dépend pourtant du milieu social : 78 % des cadres supérieurs partent en vacances, contre 47 % des ouvriers.


Le petit-déjeuner illustre également ces disparités. Plusieurs études montrent que sa prise n'est pas systématique chez les enfants et les adolescents. Ainsi 13 % des enfants scolarisés en Rep et Rep+ arrivent à l'école le ventre vide et ne bénéficient donc pas de bonnes conditions pour leurs apprentissages.

 

Ces quatre enjeux transversaux sont fondamentaux pour construire des temps de l'enfant plus équilibrés et plus justes. Ils constituent le socle sur lequel reposent l'ensemble des propositions de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant.
 

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