Proposition école convention citoyenne

Repenser les rythmes scolaires et les apprentissages : mettre les besoins des enfants au cœur de l'école

Chapô
Comment remettre les besoins biologiques et cognitifs des enfants au cœur de l'organisation scolaire, alors que leurs journées sont avant tout calquées sur les rythmes des adultes ?
La Convention citoyenne sur les temps de l'enfant propose une réforme systémique des rythmes de vie pour alléger des journées trop longues et permettre aux enfants d'apprendre autrement.
Paragraphe(s)

Un constat scientifique : l'école ignore les rythmes biologiques des enfants

Les chercheurs en chronobiologie, la science qui étudie les rythmes biologiques du corps humain, s'accordent depuis longtemps sur un constat clair : l'organisation actuelle du temps scolaire ne correspond pas aux besoins biologiques et cognitifs des enfants. Qu'il s'agisse de la journée, de la semaine ou de l'année, le rythme imposé par l'école ne suit pas celui du fonctionnement physique et psychique des enfants.

 

Des rythmes scolaires inadaptés peuvent entraîner une diminution de 10 à 15 % des performances cognitives.


Les enfants ont besoin d'un équilibre entre sommeil réparateur, activité physique, apprentissages stimulants, moments de jeu libre et temps calmes. Or, cet équilibre est souvent rompu. La pression scolaire (devoirs à la maison, évaluations, programmes chargés) et la multiplication d'activités encadrées, sportives ou culturelles, remplissent chaque heure de la journée.

 

L'école française, miroir des inégalités sociales

L'école française reste l'une des plus inégalitaires des pays de l'OCDE. Selon les résultats de PISA 2022, la France se classe parmi les nations où les performances scolaires dépendent le plus fortement du milieu socio-économique : près d'un tiers des écarts de résultats entre élèves s'expliquent par l'origine sociale. Cette corrélation est presque deux fois plus élevée que la moyenne des pays de l'OCDE.

Les enfants issus des milieux favorisés ont ainsi beaucoup plus de chances d'obtenir de bons résultats, d'accéder aux filières générales et à l'enseignement supérieur. L'Insee confirme cette réalité : un enfant de cadre a encore trois fois plus de chances d'obtenir un baccalauréat général qu'un enfant d'ouvrier.


Ces écarts se cumulent tout au long du parcours scolaire : dès la maternelle par les différences de vocabulaire, puis dans l'orientation, où les enfants des milieux populaires sont surreprésentés dans les filières professionnelles. Ces chiffres rappellent que l'école, loin de corriger les inégalités sociales, tend encore trop souvent à les reproduire.


 Les propositions de la Convention citoyenne : une réforme systémique


La Convention citoyenne propose une transformation profonde de l'organisation des temps de l'enfant, structurée autour de plusieurs axes complémentaires.

 

Adapter la journée aux rythmes biologiques des enfants

En mettant en place un temps d'accueil échelonné et facultatif avant les cours pour tous les niveaux (proposition 1)


Cette proposition répond à la nécessité de proposer un accueil aux enfants qui n'ont pas d'autres choix que d'arriver tôt le matin, du fait des contraintes professionnelles des parents. La mise en place d'un accueil échelonné et facultatif avant le début des cours présente plusieurs bénéfices : préserver le temps de repos des élèves en ouvrant la possibilité de prendre un petit-déjeuner à l'école, démarrer la journée en douceur, instaurer un espace de liberté pour les enfants, faciliter la gestion du transport scolaire…etc.

 

En reculant le début des cours à partir de 9h au collège et au lycée (proposition 2)

Les chronobiologistes s'accordent unanimement pour affirmer qu'il ne faut pas commencer les cours avant 9h au collège et au lycée, afin de répondre aux besoins physiologiques des adolescents. 

En effet, l'adolescent s'endort plus tard naturellement (sécrétion plus tardive de mélatonine, l'hormone naturelle qui prépare le corps à dormir) et se réveille naturellement plus tard.
Ce changement permettrait d'améliorer la santé physique et mentale des adolescents en réduisant la fatigue et le stress et de favoriser leurs apprentissages.

Le choix d'un début des cours à partir de 9h permettrait de conserver un temps matinal suffisant (environ trois heures) propice à la concentration et aux apprentissages théoriques.

 

Diversifier les apprentissages : un nouveau socle commun

Établir un socle commun d'apprentissages obligatoires comprenant des apprentissages théoriques le matin et des apprentissages pratiques l'après-midi (proposition 3)

La Convention citoyenne propose que tous les enfants bénéficient d'un socle commun de compétences et de connaissances élargi, qui conjugue savoirs fondamentaux, apprentissages pratiques, artistiques, sportifs et méthodes pédagogiques diversifiées.


Le matin est consacré aux apprentissages théoriques car c'est le moment où l'enfant bénéficie d'un pic de vigilance qui lui permet d'être plus attentif aux apprentissages qui nécessitent une forte concentration : nouvelles notions, acquis fondamentaux. Ces temps d'apprentissages théoriques doivent être interactifs et permettre le mouvement.


L'après-midi est consacré aux apprentissages pratiques, comprenant trois types d'apprentissages, tous de même importance :
 

  • Des projets interdisciplinaires pour apprendre par l'expérimentation. Par exemple la mise en place d'un potager permet d'approfondir et de développer plusieurs apprentissages en sciences et vie de la terre, physique chimie, technologie, mathématiques, éducation morale et civique, géographie...
  • Des ateliers de la vie pratique afin de permettre l'émancipation, l'autonomie et la préparation à la vie future des enfants et des adolescents. Cette proposition s'appuie vivement sur les contributions et les souhaits des jeunes.
  • De la pratique artistique, culturelle et sportive. Des activités gratuites et accessibles, qui font partie intégrante du socle commun. Ces activités permettent de développer et valoriser les talents et les capacités de chacun en ouvrant le « champs des possibles ». Elles permettent la découverte de son corps et l'apprentissage d'un savoir-être et favorisent le bien-être, l'estime de soi.

Ces apprentissages ne seront pas distingués dans l'évaluation : les apprentissages pratiques sont valorisés comme les apprentissages théoriques et ont la même importance. Il n'y a plus de « hiérarchie des matières ».

 

Réduire les cours à 45 minutes effectives dans le secondaire et garantir des temps de pause pour tous les niveaux (proposition 4)

Cette proposition s'inscrit dans le sens des travaux des chronobiologistes qui préconisent l'alternance entre des phases de concentration et des phases de récupération nécessaires pour rester attentifs et efficaces dans les apprentissages.


La Convention citoyenne propose de de réduire les cours de 1 heure à 45 minutes effectives dans le secondaire et de garantir des pauses d'au moins 5 minutes entre chaque cours, et une pause de 15 minutes tous les 2 cours, sans rallonger la journée scolaire.

 

Repenser la pause du midi : un temps essentiel

Aujourd'hui, près de 82 % des enfants scolarisés passent la pause du midi au sein des établissements scolaires. Ce temps concerne donc la très grande majorité des enfants et adolescents, et constitue un moment essentiel de la journée.

Garantir à chaque enfant une pause du midi d'une heure et demie minimum, avec un temps de repas de 30 à 45 min dans un environnement adapté et avec une assiette de qualité (proposition 6)


Aujourd'hui les enfants mangent rapidement à la cantine car la pause est trop courte et les conditions d'accueil pas adaptées. 


La Convention citoyenne propose que la durée de la pause méridienne soit au minimum de 1h30, pour toutes les classes d'âge, comprenant un temps minimal garanti de repas de 30 à 45 min devant son assiette en fonction des âges et un temps de liberté qui réponde aux besoins des enfants.


Cette proposition s'appuie sur trois volets :
 

  • Garantir un temps de repas de 30 à 45 min en renforçant les moyens humains et en agrandissant les espaces des cantines, en diversifiant les lieux de repas et en permettant que ce temps soit un véritable temps de socialisation et de liberté entre enfants.
  • Garantir une assiette de qualité, accessible à tous avec une application effective de la loi EGALIM, une généralisation de la tarification sociale, des choix de repas pour les enfants, et la possibilité d'apporter son repas.
  • Comprendre le temps du repas comme un temps éducatif ponctuel : éducation au goût, découverte des aliments, sensibilisation aux enjeux de santé alimentaire avec l'intervention d'agriculteurs, cuisiniers, nutritionnistes.

Garantir un temps de liberté sur la pause du midi (proposition 7)

La Convention citoyenne insiste sur la liberté de choix qui doit être laissée aux enfants de faire du temps de la pause midi ce qu'ils souhaitent en leur offrant la possibilité  de faire des activités, de se reposer ou de ne rien faire.

 

Alléger la charge des devoirs, qui se font essentiellement à l’école

D'après le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge, les enfants âgés de 11 à 17 ans consacrent en moyenne 1h04 min par jour en semaine et 52 min par jour le week-end aux devoirs.

Les devoirs se font essentiellement à l'école avec des revoirs à la maison (proposition 8)

Les devoirs à la maison participent à creuser les inégalités sociales entre les enfants puisqu'ils dépendent des conditions de vie et de l'accompagnement des familles. Par ailleurs, les devoirs rallongent les journées des enfants et participent à augmenter leur niveau de fatigue.


La Convention citoyenne propose qu'une partie des devoirs soit réalisée à l'école et une autre partie à la maison. Les devoirs à la maison sont des revoirs.
Les « revoirs » sont des relectures, révisions, écoutes de podcasts, activités d'apprentissage par le jeu qui maintiennent un lien avec les apprentissages en cours.

Stabiliser le rythme hebdomadaire : passer la semaine à 5 jours du lundi au vendredi
(Proposition 9)

Aujourd'hui, alors que le cadre légal prévoit la semaine scolaire sur 4 jours et demi, l'organisation de la semaine scolaire sur 4 jours, permise par les dérogations accordées, est très largement majoritaire. Elle concerne plus de 90% des communes à la rentrée 2024.


Les chronobiologistes sont unanimes : l'aménagement du temps semaine condensé sur 4 jours n'est pas en adéquation avec les rythmes biologiques de l'enfant et de l'adolescent. Cette organisation entraîne des journées trop denses, des ruptures et des irrégularités dans les heures de coucher et de lever qui ont des incidences majeures sur les capacités d'attention et la fatigue des enfants.

Le bien-être de l'enfant est la boussole des travaux de la Convention citoyenne : il doit être notre priorité à tous et toutes. 


L'étalement de la semaine sur 5 jours permet de réduire la pression journalière exercée sur les enfants et la charge de travail, et ouvre la possibilité d'avoir des apprentissages et des méthodes plus variées.


Le mercredi après-midi, les apprentissages pratiques visent uniquement à diversifier les apprentissages et développer de nouvelles compétences et talents et ne sont pas une continuation des acquis théoriques du matin. Il sera dédié à l'ouverture à des structures associatives aujourd'hui en extra-scolaires.

 

Créer des ruptures dans l'année

Rendre obligatoire l'organisation par les établissements scolaires de plusieurs temps de rupture dans l'année (proposition 10)

La Convention citoyenne souhaite rendre obligatoire l'organisation annuelle, par les établissements, d'un séjour pour chaque classe de chaque niveau, à partir du CP. Ce séjour a une durée de 2 journées et 1 nuit minimum.


Ces séjours/voyages s'inscriront dans une démarche de projet et proposeront des projets interdisciplinaires variés, en France, à l'étranger ou sur le territoire local. Leur forme peut varier : des semaines de partage interrégionales ou à thème (semaine verte, semaine urbaine, semaine culturelle) peuvent être envisagées.

 

Revoir le calendrier des vacances scolaires

Respecter l'alternance entre 7 semaines de cours et 2 semaines de vacances en réduisant les zones de vacances de 3 à 2 zones (Proposition 11)

Les vacances sont un temps libérateur, de repos, de loisirs, de découverte et de liens, bénéfique pour la santé, le développement et les apprentissages des enfants. Pour la Convention citoyenne, si le volume des vacances semble favorable, le calendrier des vacances intermédiaires d'hiver et de printemps ne l'est pas.


Le découpage en trois zones de vacances donne lieu à des périodes de cours pouvant s'étendre de 5 à 9 semaines de cours, quand il est recommandé une alternance entre 7 semaines de cours et 2 semaines de vacances. La réduction à deux zones y remédie, sans que le volume de vacances ne soit impacté.


La Convention citoyenne propose le maintien du volume total de vacances à l'année (soit 16 semaines) et le passage de trois zones à deux zones pour les vacances d'hiver et de printemps.

 

Des conditions de réussite pour une transformation durable


La réussite de ces propositions repose sur plusieurs piliers indissociables :

  • L'investissement dans l'enfance doit être massif et pérenne
  • La réduction des effectifs de classe
  • La revalorisation des métiers de l'éducation
  • La coordination des acteurs doit être repensée
  • Les programmes scolaires doivent être repensés
  • Le bâti scolaire doit être adapté pour créer des espaces flexibles, stimulants et adaptés aux nouveaux modes d'apprentissage. 
     

Ces transformations demandent du temps : les effets d'une politique éducative s'observent rarement avant cinq à dix ans. C'est pourquoi nous devons penser dans le temps long, avec constance et vision, ce que propose la Convention citoyenne.

 

Une transformation au service du bien-être et de la réussite de toutes et tous

Les propositions de la Convention citoyenne constituent une réforme systémique des rythmes de vie des enfants. Elles visent à réformer l'organisation actuelle, insuffisamment centrée sur les besoins biologiques des enfants pour construire une école qui permette à tous de s'épanouir, de mieux apprendre et de réduire les inégalités.


Cette transformation marque un changement profond : passer d'une école pensée pour les contraintes des adultes à une école pensée autour des besoins réels des enfants – une école qui respecte leurs rythmes, valorise tous leurs talents et leur donne le temps de grandir.

 

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